Un contrat de distribution en Chine se signe en version bilingue, avec une clause qui fait prévaloir le texte chinois. Avant de signer, assurez-vous que le cachet de la société et le signataire correspondent bien à la licence commerciale de votre partenaire. Retenez enfin un arbitrage capable d’atteindre ses actifs, ce qui renvoie le plus souvent à la CIETAC ou au HKIAC, à Hong Kong. Un contrat qu’un juge chinois ne peut ni lire ni faire exécuter ne protège personne.
Votre distributeur, votre Tmall Partner ou votre Douyin Partner a ses comptes bancaires et son stock en Chine continentale. Qu’un différend éclate, et l’affaire finira devant un tribunal chinois. Ou devant des arbitres dont la sentence devra, tôt ou tard, être exécutée par un juge chinois. Dans un cas comme dans l’autre, votre contrat sera lu en chinois.
Les tribunaux chinois instruisent les affaires civiles comportant un élément d’extranéité dans la langue et l’écriture communes du pays ; la partie qui souhaite un interprète en supporte le coût. Toute pièce écrite rédigée en langue étrangère doit être accompagnée de sa traduction en chinois. Source : Assemblée populaire nationale (全国人民代表大会), loi de procédure civile, art. 273 et 73, dans sa version modifiée en vigueur depuis le 1er septembre 2023, texte repris par la direction du Guangdong de l’Administration d’État des impôts (国家税务总局广东省税务局), décembre 2025. https://guangdong.chinatax.gov.cn/gdsw/zjfg/2025-12/31/content_bcd30b4a0fbf4de7b4d4c388599a5194.shtml
L’enjeu n’a rien de théorique. Prenons les réglages par défaut de notre calculateur Tmall Global : un Tmall Partner payé 35 000 RMB par mois, avec 10 % de commission sur 3,5 millions de RMB de ventes, vous facture 770 000 RMB la première année, environ 95 000 euros (données des calculateurs TheChinaPath, octobre 2026). C’est cette somme que la clause de règlement des litiges doit mettre à l’abri.
Ce guide pratique ne constitue pas un conseil juridique. Confiez la rédaction des clauses à un avocat habilité en Chine, et faites-lui relire la version chinoise avant de signer. Les règles et barèmes cités ont été vérifiés en octobre 2026.
Contrat de distribution en Chine : les neuf choix, un par un
Qu’il s’agisse de distribution, de gestion de boutique ou d’agence, tout contrat passé avec un partenaire chinois règle les mêmes neuf questions, qu’on en discute ou non. Signez le modèle du partenaire, et elles sont déjà réglées. À son avantage.
| Question | Ce qu’il faut retenir | Pourquoi |
|---|---|---|
| Langue | Le chinois et l’anglais en regard | Tribunaux et CIETAC travaillent en chinois par défaut, et votre équipe doit pouvoir suivre |
| Version qui prévaut | Une seule, en général le chinois, contrôlée par votre propre avocat | Deux textes faisant « également foi » laissent l’écart à trancher selon l’objet du contrat (Code civil, art. 466) |
| Cachet | Le cachet de la société sur chaque page de signature, au nom exact porté sur la licence | Le contrat se forme par signature, cachet ou empreinte digitale (Code civil, art. 490) |
| Signataire | Le représentant légal inscrit sur la licence, ou une personne munie d’un pouvoir écrit | C’est le pouvoir qui engage la société (interprétation de la Cour populaire suprême, art. 22) |
| Droit applicable | Le droit chinois, dans la plupart des contrats de partenariat | C’est à ce droit que répondent les actifs, la licence et le cachet du partenaire |
| CIETAC | Arbitrage en Chine continentale, en chinois ou dans les deux langues | 10 000 RMB de frais d’enregistrement pour une affaire internationale ; sentence exécutée par les tribunaux chinois |
| HKIAC | Siège à Hong Kong, procédure en anglais ou bilingue | Frais d’enregistrement d’environ 1 100 euros ; gel d’avoirs possible sur le continent avant la sentence |
| Tribunaux chinois | Uniquement si vous acceptez de plaider en chinois | La partie étrangère qui se fait représenter doit choisir un avocat chinois (loi de procédure civile, art. 274) |
| Tribunaux de votre pays | Rarement un bon calcul | La Chine ne reconnaît un jugement étranger qu’en vertu d’un traité ou par réciprocité (loi de procédure civile, art. 299) |
Quelle version fait foi
Nombre de contrats bilingues s’achèvent sur la même formule : les deux versions font également foi. Elle a toutes les apparences de l’équilibre. En pratique, elle abandonne au juge le soin de départager les deux textes.
Lorsqu’un contrat est rédigé en deux langues ou plus et que les parties sont convenues que chaque version a la même valeur, les termes employés dans chacune sont présumés avoir le même sens. En cas de divergence, ils s’interprètent au regard des clauses qui s’y rapportent, de la nature et de l’objet du contrat, ainsi que du principe de bonne foi. Source : Assemblée populaire nationale (全国人民代表大会), Code civil, art. 466, en vigueur depuis le 1er janvier 2021, via la base documentaire du ministère du Commerce (商务部), consultée en octobre 2026. https://policy.mofcom.gov.cn/claw/clawContent.shtml?id=70524
Il faut donc choisir. Le chinois s’impose dans les faits : le juge ou les arbitres s’appuieront de toute façon sur ce texte, et ni les équipes du partenaire ni sa banque n’en liront jamais d’autre.
À défaut d’accord des parties sur la langue, l’arbitrage se déroule en chinois. La CIETAC peut retenir une ou plusieurs autres langues au vu des circonstances, notamment de la langue du contrat. Source : Commission chinoise d’arbitrage économique et commercial international (中国国际经济贸易仲裁委员会), règlement d’arbitrage (2024), art. 84, en vigueur depuis le 1er janvier 2024. https://www.cietac.org/articles/25022
Ce choix a un prix. Dès lors que le chinois prévaut, le contrat, c’est le texte chinois. Le résumé anglais que vous remet le partenaire n’a aucune valeur contractuelle. Faites comparer les deux versions ligne à ligne par votre propre avocat, en commençant par l’exclusivité et la résiliation, puis la propriété de la boutique. Notre décryptage du contrat Tmall Partner recense les clauses qui permettent de quitter proprement un gestionnaire de boutique.
Cachet, signature : qui engage la société
Les équipes étrangères voient volontiers dans le cachet rouge la signature tout entière. Le droit chinois lui fait bien une place : un contrat conclu sous la forme d’un acte écrit est formé dès que les deux parties l’ont signé, revêtu de leur cachet ou de leur empreinte digitale (Code civil, art. 490, même source).
Pour la Cour populaire suprême, pourtant, c’est la personne derrière le cachet qui compte.
Lorsqu’un représentant légal ou un salarié signe dans la limite de ses pouvoirs, la société ne peut se soustraire au contrat au seul motif que le cachet apposé n’est pas celui qu’elle a déposé, ou qu’il s’agit d’un faux. Une signature sans cachet engage la société dès lors que le pouvoir du signataire est établi, sauf si les parties ont fait de l’apposition du cachet une condition du contrat. Source : Cour populaire suprême (最高人民法院), interprétation des dispositions générales du Code civil relatives aux contrats (法释〔2023〕13号), art. 22, publiée le 4 décembre 2023. https://www.court.gov.cn/zixun/xiangqing/419382.html
Deux précautions en découlent. Consultez la licence commerciale du partenaire et relevez le nom du représentant légal, puis exigez sa signature à côté du cachet, ou un pouvoir écrit au nom de la personne qui signe à sa place. Et si vous tenez au cachet, dites-le dans le contrat : il n’entrera en vigueur qu’une fois les cachets des deux sociétés apposés.
Le Code civil va plus loin. Le représentant légal qui outrepasse ses pouvoirs engage malgré tout la société, sauf si vous en aviez connaissance ou auriez dû en avoir connaissance (art. 504). Cette protection ne vaut que tant que personne ne vous a signalé le contraire. Lisez donc de près toute délibération du conseil d’administration que le partenaire vous transmet.
Encore faut-il que le contrat puisse être exécuté quelque part.
Un arbitrage à portée des actifs du partenaire
Une erreur sur le for se paie plus cher que toute autre. Un jugement rendu à Paris ou à Chicago doit d’abord être reconnu par un tribunal chinois, ce que la loi de procédure civile n’admet qu’en vertu d’un traité ou par réciprocité (art. 299). La sentence arbitrale, elle, suit une voie mieux balisée.
La partie qui sollicite la reconnaissance et l’exécution d’une sentence arbitrale rendue hors du territoire de la République populaire de Chine peut saisir directement le tribunal populaire intermédiaire du domicile du débiteur ou du lieu où se trouvent ses biens ; celui-ci statue en application des traités auxquels la Chine est partie ou selon le principe de réciprocité. Source : Assemblée populaire nationale (全国人民代表大会), loi de procédure civile, art. 304, dans sa version en vigueur depuis le 1er septembre 2023, direction du Guangdong de l’Administration d’État des impôts (国家税务总局广东省税务局), décembre 2025. https://guangdong.chinatax.gov.cn/gdsw/zjfg/2025-12/31/content_bcd30b4a0fbf4de7b4d4c388599a5194.shtml
La CIETAC, la Commission chinoise d’arbitrage économique et commercial international, a son siège à Pékin et des antennes à Shenzhen, Shanghai et dans d’autres villes. Elle connaît des litiges internationaux comme des litiges internes (règlement, art. 3).
La CIETAC perçoit 10 000 RMB de frais d’enregistrement pour chaque affaire internationale, auxquels s’ajoutent des frais de traitement proportionnels au montant en litige. Source : Commission chinoise d’arbitrage économique et commercial international (中国国际经济贸易仲裁委员会), barème des frais d’arbitrage I, règlement d’arbitrage (2024), en vigueur depuis le 1er janvier 2024. https://www.cietac.org/articles/25022
Hong Kong offre un atout qu’aucune autre place de common law ne possède : l’arrangement conclu en 2019 entre la Cour populaire suprême et le gouvernement de Hong Kong, qui ouvre à un arbitrage hongkongais les prétoires du continent avant même la sentence.
L’arrangement vise les arbitrages dont le siège est à Hong Kong et qui sont administrés par une institution figurant sur la liste. Avant la sentence, une partie peut demander au tribunal populaire intermédiaire du domicile du défendeur, ou du lieu où se trouvent ses biens ou les preuves, des mesures conservatoires portant sur des biens, des preuves ou des agissements. Source : Cour populaire suprême (最高人民法院), arrangement avec la RAS de Hong Kong sur l’assistance mutuelle en matière de mesures provisoires ordonnées par les tribunaux à l’appui des procédures arbitrales, art. 1 à 3, signé le 2 avril 2019. https://www.court.gov.cn/shenpan/xiangqing/149552.html
En septembre 2025, les institutions d’arbitrage de Hong Kong avaient déjà traité 177 demandes au titre de l’arrangement, devant 48 tribunaux du continent, et les gels d’avoirs accordés portaient sur plus de 27,8 milliards de RMB. Source : ministère de la Justice (律政司), gouvernement de la RAS de Hong Kong, discours du secrétaire à la Justice, 12 novembre 2025. https://www.doj.gov.hk/sc/community_engagement/speeches/20251112_sj1.html
Tout est affaire de calendrier. Un distributeur qui voit venir la sentence a tout le temps de déplacer sa trésorerie. Le gel le prend de vitesse.
Le HKIAC perçoit des frais d’enregistrement non remboursables de 10 000 dollars de Hong Kong (environ 1 100 euros) lors du dépôt d’une notification d’arbitrage selon son règlement de 2024. Ses frais administratifs s’échelonnent de 15 000 dollars de Hong Kong (environ 1 650 euros) pour une demande inférieure ou égale à 400 000 dollars de Hong Kong (environ 44 000 euros) à 27 500 dollars de Hong Kong (environ 3 000 euros) pour une demande de 800 000 dollars de Hong Kong (environ 88 000 euros), hors honoraires du tribunal arbitral. Source : Centre international d’arbitrage de Hong Kong (HKIAC), barème des frais 2024, applicable depuis le 1er janvier 2026. https://hkiac.org/arbitration/fees/2024-schedule-of-fees/
Face aux 770 000 RMB que facture en un an un gestionnaire de boutique, l’un comme l’autre de ces frais d’enregistrement pèse peu. Les honoraires d’avocats et d’arbitres, bien davantage. Les deux institutions indexent l’essentiel de leurs frais sur le montant en litige, et le HKIAC met en ligne un simulateur à côté de son barème : chiffrez la procédure avant d’en agiter la menace. Rédigez la clause avec précision, en nommant dans une même phrase l’institution, le siège, la langue et le nombre d’arbitres. Elle survit à la nullité ou à la résiliation du reste du contrat (Code civil, art. 507). Une fois la relation rompue, l’autre partie n’aura plus aucune raison de vous accorder mieux.
Avant de signer avec un partenaire chinois
Distributeur, gestionnaire de boutique ou agence de livestream : la langue, le cachet et le for se négocient dans les mêmes termes. Nos guides pour trouver un distributeur en Chine, trouver un Tmall Partner et trouver un Douyin Partner détaillent les vérifications qui précèdent la signature. Compass rassemble les distributeurs et partenaires que nous avons vérifiés.
Contrats chinois : les questions des marques
Un contrat rédigé uniquement en anglais est-il valable en Chine ?
Beaucoup sont signés ainsi, et votre avocat vous dira si le vôtre tient. Le vrai risque apparaît au moment de l’exécution. Le juge chinois exige une traduction de chaque pièce en langue étrangère : c’est alors un traducteur, que la partie adverse pourra contester, qui fixera le sens de votre texte anglais. Une version bilingue, assortie d’une clause désignant le texte qui prévaut, vous rend la main.
Quelle différence entre le cachet de la société et le cachet des contrats ?
Une société chinoise détient souvent plusieurs cachets ; au bas des accords, on trouve d’ordinaire le cachet de la société ou un cachet réservé aux contrats. Ne faites pas reposer l’opération sur celui qui a été apposé. La Cour populaire suprême s’attache au pouvoir du signataire : doublez le cachet de la signature du représentant légal ou d’un pouvoir écrit.
CIETAC ou HKIAC, lequel choisir ?
Le HKIAC, si vous voulez des audiences en anglais et la faculté, grâce à l’arrangement de 2019, de faire geler des avoirs sur le continent avant la sentence. La CIETAC passe souvent plus facilement auprès d’un partenaire chinois. Elle siège dans des villes du continent et travaille en chinois, sauf stipulation contraire du contrat. L’une comme l’autre vaut mieux qu’un tribunal étranger face à un partenaire dont les actifs sont en Chine.
Peut-on soumettre le contrat au droit de son pays ?
Rien ne vous empêche de le proposer, et votre avocat vous dira si ce choix tient pour votre opération. Dans la plupart des contrats de partenariat, il alourdit la facture : pour juger le comportement d’une société chinoise en Chine, les arbitres devront s’appuyer sur des expertises portant sur un droit étranger. Le droit chinois reste le choix habituel.
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Mis à jour le 18 octobre 2026
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